REGROUPEMENT DES JUNIORS FRANCAIS

Tours 2 et 3 février 2008

BILAN SPORTIF (télécharger)

Ce stage a été l’occasion de définir ce que les coaches attendent des juniors pour Vancouver : exemplarité, solidarité, intelligence et créativité. Forte de son expérience de Southampton (14 joueurs de l’Euro 2007 partiront), l’équipe junior ne peut plus se contenter d’un jeu stéréotypé, sans incertitude pour l’adversaire.

Les joueurs présents ont été attentifs et mobilisés jusqu’au bout d’un long week-end. La prise en charge des nouveaux joueurs par les anciens, dont l’expertise et l’expérience est plus grande, a été une réussite qui s’est traduite par une élévation du niveau de jeu très nette par rapport au premier regroupement.  

Enfin, deux capitaines ont été désignés (et ont acceptés cette responsabilité) et la liste de vingt joueurs retenus pour Vancouver déterminée. Les autres joueurs restent dans le pôle France et sont susceptibles d''être appelés pour les Championnats d'Europe de beach 2008.

Ce qui a été travaillé ou signalé

Outre les pistes d’amélioration envisagées à la suite des championnats d’Europe 2007 (qui sont apparues réellement d’actualité et sont rappelées à la fin de ce bilan), un certain nombre d’éléments ont été travaillés ou signalés durant ces deux jours. Ils doivent faire l’objet de l’attention particulière de chaque joueur dans leur club.

Sur le plan de la communication…

En défense, il est important que les « hops » signalant que la passe est déclenchée par le lanceur adverse soient audibles. Il est tout aussi important que les joueurs se parlent pour mieux se placer ou s’entraider. 

En attaque, par contre, s’il y a un seul joueur qui doit parler, c’est le lanceur. Inutile, voire dommageable, de parler pour recevoir le frisbee.

Sur le plan du jeu du lanceur…

Sortir de sa zone de confort. Il faut que le jeu du lanceur se rapproche de ce qu’il est effectivement capable de faire à l’entraînement. C'est primordial.

Regarder devant en première et seconde attention (espace proche mais aussi espace lointain). Nous possédons des joueurs capables de longues et nous devons nous en servir. La prise d’information doit s’élargir.

Intégrer définitivement le jeu côté fermé (inversée, upside, passe au dessus de l’épaule doivent faire partie des gammes à travailler à chaque entraînement).

Le travail de fixation du marqueur doit être réel et s’enrichir. On peut fixer avec le frisbee sans toujours y ajouter du pivot (et encore moins du pivot qui tourne le dos aux AT).

Accepter de lâcher une passe sur un attaquant marqué de près. Ceci n’est possible que si le lanceur est vigilant à trouver une trajectoire qui n’est pas du côté du défenseur et suffisamment basse de façon à ce que le corps du réceptionneur fasse obstruction aux tentatives d’interception.

La prise d’information du lanceur doit s’élargir tant au niveau des espaces mais aussi de l’anticipation. Le lanceur doit être capable d’identifier très tôt (voire avant la réception du frisbee) l’équilibre ou non de l’organisation défensive en place. Ainsi, par exemple, pour le handler, face à une défense de zone à plat, il doit sentir s’il est préférable de jouer devant ou profiter d’un retard de placement pour dérouler latéralement.

Sur le plan du jeu de l’attaquant sans frisbee…

Intégrer définitivement le jeu côté fermé (et éviter de se retrouver bloqué sur la ligne de sortie !!).

Ouvrir ses « cuts » pour facilité la passe et se protéger d’une interception

Travailler en amont son défenseur direct avant de démarrer son appel (ou  son « cut » terminal).

Sur le plan du marqueur sur le lanceur…

Attention à rester actif en conservant suffisamment d’équilibre et de réactivité en cas de feinte.  

Sur le plan des organisations défensives…

Grâce aux anciens, les nouveaux joueurs ont découvert ce qu’était une zone à plat et le rôle des différents rideaux. Il est important qu’ils enrichissent leur compréhension.

Sur le plan des organisations offensives…

Sans doute le secteur où la France a le plus à travailler.

Ce qui est apparu et à conserver : la ligne s’organise plutôt bien et les espaces ne sont pas encombrés par des appels répétés du même joueur. Il y a intégration du replacement (après moi, un autre doit prendre le  relais). Cela permet un bon rythme. De plus, les middles longs travaillent pour offrir des appels longs qui ont été, d’ailleurs, souvent exploités avec réussite. Une solution dans l’espace lointain et l’espace proche c’est de l’incertitude supplémentaire pour l’adversaire.

Ce qui est apparu et a diminuer : face à une défense individuelle, cette tendance à faire des appels côté ouvert qui finit par nous enfermer. L’appel systématique du premier middle qui rend l’attaque si prévisible et facilite le placement (et l’équilibre) du défenseur directe.

Ce qui n’est pas apparu mais a été sollicité par des joueurs expérimentés : une attaque à plat (le contraire de la ligne) ou un travail de combinaison (sur une attaque en ligne).  Il est clair que nous devront les travailler. Elles le seront lors des tournois de préparations.  

Sur le plan physique…

Deux joueurs se sont blessés légèrement lors de ce stage. C’est beaucoup. Quel que soit l’attention que le staff porte à cet aspect, c’est, en définitif, à chaque joueur d’apprendre à gérer son engagement physique et d’apprécier ses limites. Cela fait partie de son expertise. Engagement progressif en début de journée, soin porté à l’échauffement, vigilance sur l’alimentation et l’hydratation répétée, étirement de fin d’entraînement et repos réel doivent faire partie intégrante de l’hygiène de tout sportif.

Sur le plan du règlement…

J’ai trouvé, parfois, l’appel de la faute ou de l’infraction bien timide et, dans certains cas, la discussion trop longue.  Rappeler-vous qu’un désaccord est en fait un accord sur le fait que les joueurs ne sont pas d’accord.

En conclusion

Le chemin est long avant Vancouver. Chaque joueur doit poursuivre son évolution durant l’année, dans son club. Il doit aller chercher de façon active les conseils auprès des coaches et des joueurs expérimentés. S’il est évident que l’expertise des juniors français est, de loin, bien supérieure à l’année dernière, l’équipe devra se montrer plus ambitieuse et plus créative si elle désire non simplement se hisser au niveau des autres nations mais imposer son jeu. Enfin, travaillez votre anglais.

Francis Kaftel (coach)

  Rappel des pistes d’améliorations - Championnats d’Europe d’ultimate – Southampton 2007

(Disponibles sur le site : http://pagesperso-orange.fr/francis.kaftel/EQUIPEFRANCEJUNIORS.htm )

Sur le plan physique…

Pistes d’amélioration : trop souvent, la générosité consistant à vouloir être toujours, tout le temps, utile pour l’équipe sur le terrain, s’est retournée contre certains joueurs qui, aux moments importants, n’ont pas pu peser sur le jeu comme il était possible de l’espérer ou, plus grave, ont fini par se blesser. La gestion de l’effort dans le point, dans la partie, tout au long d’une compétition reste un vrai domaine d’apprentissage pour nos jeunes joueurs. De plus, face à des adversaires très athlétiques, nos joueurs doivent continuer à se construire une condition physique et développer un rapport à l’opposition plus importante.  

Sur le plan de la communication…

Pistes d’amélioration : la prise d’information de nos juniors sur le terrain est restée, pour beaucoup, trop limitée à l’environnement très proche (sans balayer l’espace lointain) ou un élément unique (par ex. l’attaquant que l’on surveille, le frisbee, son espace à défendre). Alors qu’une information élargie reconstitue la perception et la compréhension de la dynamique de jeu qui se déroule. « Bloquer » un une-deux nécessite de la part du marqueur d’avoir remarqué la configuration, la course du réceptionneur potentiel, le retard de son défenseur direct pour prendre la décision de « fermer » provisoirement cette possibilité offensive ; quitte à modifier provisoirement la force, le temps de dissuader.  

Sur le plan du jeu du lanceur…

   Pistes d’amélioration : le niveau général doit s’élever. Les joueurs doivent non seulement continuer leur apprentissage de base, mais apprendre à s’exprimer en situation d’opposition et de stress. Beaucoup trop de joueurs ont à apprendre à « travailler » leur marqueur ; et, ceci, sans parasiter leur équilibre et leur prise d’information. Ils doivent aussi apprendre à donner des informations à leurs attaquants si les solutions proposées ne sont pas adaptées. Enfin, ils doivent apprendre à gérer le rythme de leur jeu pour ne pas transformer un jeu rapide en un jeu précipité et l’adapté de façon optimale par rapport à la situation.

Sur le plan du jeu de l’attaquant sans frisbee…

            Pistes d’amélioration : les juniors doivent connaître les stratégies de bases en attaque et être capables d’articuler placements et déplacements. Quant aux « cuts », ils doivent non seulement apprendre à les ouvrir en fonction de la pression qu’exerce le marqueur sur le lanceur, mais aussi à les varier en proposant des solutions côté fermé (ce qui aurait permis à notre attaque d’éviter de se laisser enfermer le long de la ligne). La notion de contact visuel avec le lanceur semble aussi, pour certains, à installer.

Sur le plan du marqueur sur le lanceur…

            Pistes d’amélioration : les marqueurs ont trop souvent « collé » leur lanceur ce qui a eu un triple effet : réduire leur lisibilité concernant l’action du lanceur (par ex. trop de longue sont parties sans que le marqueur n’ait pu esquisser un seul geste), réduire leur couverture défensive potentielle, réduire leur prise d’information sur leur environnement proche. Les juniors doivent apprendre à cerner quelle est la distance de charge optimale qui leur permettra d’exercer la plus grande gêne sur le lanceur.

Sur le plan du défenseur…

            Pistes d’amélioration : les juniors doivent intégrer davantage la notion de bon placement en rapport à une force et intégrer davantage leurs actions spécifiques dans l’organisation globale.

 Sur le plan des organisations défensives…

            ... La quasi-absence de vent (mais pas de soleil !) durant cet Euro n’a pas permis de mettre en valeur véritablement tous les atouts qu’offrait notre défense de zone. Et d’un autre côté, l’équipe a très bien défendu et provoqué un grand nombre de turnovers. Sans avoir de nombre exact, j’ai le sentiment que le nombre de points directs marqués par les équipes adverses (c'est-à-dire quand elles récupéraient le frisbee pour la première fois dans le point à la suite de l’engagement ou d’un turnover) a été très inférieur par rapport au nombre de points indirects. En d’autres termes, nous avons souvent été en position de faire le break sans pouvoir concrétiser. Cela s’est traduit par des points disputés qui duraient et faisaient durer les parties.

            … Notre défense individuelle a souvent souffert d’une inconstance de nos défenseurs à se placer et à respecter la force et d’une adaptabilité réduite des marqueurs pour « stopper » le déroulement du jeu côté ouvert quand cela s’avérait nécessaire. 

Sur le plan des organisations offensives…

Pistes d’amélioration : l’équipe doit encore progresser dans sa capacité à gérer le rythme (la respiration) de son jeu. Le toujours rapide, rapide, rapide… finit par aboutir à un essoufflement, une altération de la lucidité, une diminution des performances techniques. Chaque joueur qui la compose devrait déjà posséder un capital de savoirs et de savoir-faire disponibles face à des organisations défensives traditionnelles.

Sur le plan du règlement…

Pistes d’amélioration : les juniors doivent s’approprier complètement le règlement auprès de joueurs expérimentés.

Conclusion

Le groupe France s’est montrée très solidaire et les joueurs sont restés soudés tout au long de la compétition quels que soient les résultats des matches. Cette solidarité ainsi qu’une faculté d’assimilation et d’intégration ont permis à cette jeune équipe de France (3,2 année d’ultimate de moyenne chez nos joueurs) d’élever son niveau de jeu au fil des matches.

Cependant, l’équipe a aussi été très inégale dans sa capacité à maintenir son meilleur niveau tout un match. À ce niveau de la compétition, il apparaît difficile d’envisager de meilleurs résultats face à des nations capables d’être solides et régulières. Des disparités très importantes de niveaux entre les joueurs à la fois sur les plans de la technique, de la connaissance et compréhension tactiques, de l’expérience du jeu « outdoor », de l’expérience de la compétition et de la gestion de la pression sont certainement en cause et doivent faire l’objet d’une réflexion globale plus générale au niveau de la formation.

Dans cette compétition, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Suède sont apparues un cran nettement au-dessus. L’Autriche, la Belgique, la France étaient assez proches. Tandis que la République Tchèque, Israël, et l’Estonie étaient un cran en dessous.

En définitive, ce fut une belle aventure durant laquelle chacun (staff comme joueurs) sort enrichi et plein de souvenirs.